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Jean Louis Mendrisse

Jean Louis Mendrisse est né en 1955 à Clermont Ferrand

Autodidacte , fils de sculpteur , il entre à la Maison des Artistes dès 1980

De 1980 à1995 il participe à différents Salons au Grand Palais à Paris en particulier : Salon des Indépendants, Salon d'Automne, Salon des Artistes Français, etc.

Ses œuvres sont exposées en France et aux Etats-Unis.

 

 

Mendrisse, comme un veilleur attend l’aurore…

 

 

Comme un veilleur attend l’aurore, Jean-Louis Mendrisse, depuis plus de quarante ans, guette, dans le fond des toiles, la venue de figures énigmatiques.

 

Elles sont nées depuis longtemps.

 

Pareil à un enfant ébloui devant le spectacle du monde, le jeune garçon passe de longues heures dans l’atelier de son père, le sculpteur Jean Mosnier, qui, tout au long de sa vie, a façonné des fragments de corps dans d’immenses blocs de marbre blanc ou de volvic noire, jusqu’à transformer la pierre de lave en soie luisante, presque suintante. Sous les coups de burin qui martèlent des visages de madone et des mains de sainte d’une beauté effroyable, se transmet aussi le geste créateur. À son tour, comme l’air qu’il respire, librement, sans remontrance ni conseil, Jean-Louis cherche les déesses dans la glaise qu’il modèle et dans ses premières esquisses.

 

Il aurait voulu créer un monde qui n’appartienne qu’à lui seul. Pourtant, l’homme conserve la mémoire de l’enfant habité par le peuple de pierres qui marche encore à sa rencontre. Et, inlassablement, le peintre s’applique à transmuer l’ombre du père en lumière, réinventant depuis l‘enfance les divinités qu’il a faites siennes dans les aplats des couleurs aigues – pourpre sanguine, jaune céleste, bleu roi – et les transparences subtiles des glacis.

 

Au fond d’une impasse, place de la Bastille à Paris, un atelier à l’abri des passants. C’est là que, chaque jour, les muses capricieuses invitent le peintre. À les découvrir d’abord. Une esquisse puis une autre, jetée chacune sur des feuilles de calque disjointes. Il assemble et brouille les petits papiers transparents, les juxtapose, les renverse, les superpose, les ajuste encore, pour bientôt, par chance, trouver « la » scène, l’architecture du tableau à venir.

 

Alors, le temps de l’élaboration de la toile peut commencer. Face à son châssis, le combat – la danse parfois -  peut s’engager. Les formes émergent, d’abord à l’acrylique pour jeter les bases, structurer l’ensemble, emplir le vide. Une fois l’espace « posé », les éléments sont passés au crible de la peinture à l’huile. Les heures se font plus lentes, plus minutieuses, plus concentrées. L’erreur serait fatale. Les couleurs « montent », les drapés de velours framboise habillent les corps immaculés, les ombres creusent les arêtes des visages émaciés, les regards s’aiguisent au noir, les blancs rehaussent les âmes d’où s’échappent parfois des rubans de rêves et de sable, les perspectives vacillent, l’horizon tremble.

 

Dans le fond du tableau surgissent des décors finement ciselés – une cité lacustre, une Babylone oubliée, des labyrinthes sans fin... Campés dans ces paysages oniriques, enracinés au premier plan, les corps oblongs s’extirpent avec sensualité du bas du tableau pour se hisser vers un ciel d’éther.

Souvent, la nuque délicate légèrement penchée en arrière, un visage se tourne vers le ciel et c’est dans son regard que se reflète le secret dérobé. « La Mémoire du ciel » est là, dans l’encre des yeux.C’est le regard ici qui, comme autrefois un index pointé dans les tableaux maniéristes, indique ce que la peinture ne montre pas, ce que le cadre ne saurait contenir : l'invisible.

 

Alors, notre regard ancré dans le sien, quand le silence autour se fait, on entend parfoiss’élever aussi la plainte des violons et les ondulations d’une voix venue de si loin qu’on la croit éternelle. Comme si l’œuvre du peintre recélait le chant du Sabbat Mater de Vivaldi ou les chœurs du Spem In Aliumde Thomas Tallis, qui, souvent, inondent son atelier.

 

La peinture de Mendrisseest une prière, sans autre religion pourtant que celle de l’homme. Sacrée et profane, réelle et onirique, contemporaine et très ancienne. « La peinture m’élève », dit le peintre, sa voix feutrée. « Elle permet de s’extraire de soi-même et de rejoindre une réalité supérieure, de se relier à l’invisible, à quelque chose qui nous dépasse ». Telle est la motivation profonde de celui qui peint comme d’autres prient. « C’est le besoin de recherche qui nous conduit, sinon nous ne sommes rien. Rien, puisque la substance que nous avons entre les doigts s’évanouit régulièrement. Et que nous manions des choses qui n’existent pas ».

 

Alchimiste égaré dans un siècle sans dieu, il cherche encore, dans le geste créateur, d’autres possibles. En marge, à l’écart des modes et des outils d’expression, le peintre, avec une fidélité sans tapage, en reste à ce qu’il tient pour vrai. La peinture, la gestuelle, la technique, les couleurs, l’huile souveraine, le temps patient. Quête éperdue du peintre -comme le regard de ses créatures- qui ne peut s'empêcher de regarder par-dessus l’horizon des hommes, moins à la recherche d'un Paradis perdu que d'une unité, d’une connaissance éblouie, d'une complétude d'avant le commencement peut-être.

 

Alors, même si le doute persiste, même si le secret n’est pas dévoilé, même si le ciel est peut-être vide, dans chaque tableau de Mendrisse, dans chacun des regards qu’il nous tend, s’offre une invitation au rêve. « La vraie vie est ailleurs », écrivait le poète. Le peintre met les mots en couleurs.

 

 

Virginie Luc

Paris, 28 juillet 2008


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